27.01.2008

Céline "Mort à crédit" (extrait).

Pendant qu'ils disaient la prière, j'avais des sensations dangereuses... Comme on était agenouillés, je la touchait presque moi, Nora. Je lui soufflais dans le cou , dans les mèches. J'avais des fortes tentations... C'était un moment critique, je me retenais de faire des sottises... Je me demande ce qu'elle aurait pu dire si j'avais osé? ... Je me branlais en pensant à elle, le soir au dortoir, très tard, après tous les autres, et le matin j'avais encore des "revenez-y"...

   Ses mains, c'étaient des merveilles, effilées, roses, claires, tendres, la même douceur que le visage, c'était une petite féérie rien que de les regarder. Ce qui me taquinait davantage, ce qui me possédait jusqu'au trognon c'était son espèce de charme qui naissait là sur son visage au moment où elle causait... son nez vibrait un petit peu, le bord des joues, les lèvres qui courbent... J'en étais vraiment damné... Y avait là un vrai sortilège... Ca m'intimidait... J'en voyais trente-six-chandelles, je pouvais plus bouger... C'était des ondes, des magies, au moindre sourire... J'osais plus regarder à force. Je fixais tout le temps mon assiette.

Ses cheveux aussi, dès qu'elle passait devant la cheminée, devenaient tout lumière et jeux...! Merde! Elle devenait fée! C'était évident. Moi c'est là au coin des lèvre que je l'aurais surtout bouffée.

Céline (Mort à crédit, Gallimard. 1936.)

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