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08.05.2008

Le rêve du Jaguar (Leconte de Lisle)

Sous les noirs acajous, les lianes en fleur,

Dans l'air lourd, immobile et saturé de mouches,

Pendent, et s'enroulant en bas parmi les souches,

Bercent le perroquet splendide et querelleur,

L'araignée au dos jaune et les singes farouches.

C'est là que le tueur de boeufs et de chevaux,

Le long des vieux troncs morts à l'écorce moussue,

Sinistre et fatigué, reviens à pas égaux.

Il va, frottant ses reins musculeux qu'il bossue;

Et du muffle béant par la soif alourdi,

Un souffle rauque et bref, d'une brusque secousse,

Trouble les grands lézard, chauds des feux de midi,

Dont la fuite étincelle à travers l'herbe rousse.

En un creux du bois sombre interdit au soleil

Il s'affaisse, allongé sur quelque roche plate;

D'un large coup de langue il se lustre la patte;

Il cligne ses yeux d'or hébétés de sommeil;

Et dans l'illusion de ses forces inertes,

Faisant mouvoir sa queue et frissoner ses flancs,

Il rêve qu'au milieu des plantations vertes,

Il enfonce d'un bond ses ongles ruisselants

Dans la chair des taureaux effarés et beuglants.

 

Leconte de Lisle, Poèmes barbares (1862)

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