20.04.2008
Extrait de "Guignol's Band" (Céline)
Dites-moi tout! Elle veut rien me dire, elle glousse, tortille...ah! petit croupion! un peu tu vas voir! ah perfide rusée souris! ah!la mâtine! je suis sûr qu'elle l'aime le vieux au fond...elle en raffole de ses papouilles...ah! je tourne jaloux à en bramer...
"ça vous plaît n'est ce pas? ca vous plaît?"
Est ce qu'elle me comprend d'abord? Elle tient pas en place elle gesticule, elle me fait BZZ! BZZ! BZZ! Elle se moque de moi, grotesque, aboyeur, malotru! Voilà sûrement ce qu'elle trouve... Et toi! vicieuse rouée petite garce!...voilà mon avis...si je suis hargneux désagréable c'est par sa faute...Elle a qu'à me répondre! Ah! puis je peux plus la gronder...je flanche bafouille déconne repleure...toute ma colère tombe...je n'ose plus...je suis à plat...je m'effondre...je m'abats à ses pieds encore...Ca y est, tout recommence...je lui redemande mille fois pardon...me voilà propre...je me roule au tapis!Je la supplie de grâce!...Je me prosterne...Je l'implore...je ne sais plus à qui me vouer!
"Mademoiselle je suis infâme!...Vous n'êtes qu'une enfant! Virginie je vous demande pardon...j'ai abusé de votre jeunesse!...ah! Je suis à pendre! C'est moi le monstre!Virginie! Pitié! Pitié! Vous allez me comprendre! Vous êtes toute petite toute mignonne...Un secret m'étrangle! Je brûle et mes blessures me tuent!"
En avant le grand jeu! J veux lui faire couler toutes les larmes...Tous mes malheurs faut qu'elle écoute, petits et grands... Et toutes les menaces, tout ce qui plane...et tout ce que j'ai trinqué d'affreux... E lle écoute, elle est gentille, mais ça la retourne pas beaucoup...je crois même qu'elle se moque un petit peu...y a de la malice...à cet âge là c'est insensible...je recommence tout mon récit, tous mes avatars aux combats... je brode forcément...Ca irait pas mal, elle s'intéresserait... mais maintenant c'est les autres qui me coupent... Les vulcains la chienlit là-haut... Ils broyent les murailles on dirait la façon qu'ils cognent... C'est effrayant leur bacchanal...ils doivent tout passer à la forge au bruit qu'ils déchaînent... C'est pas possible qu'elle m'écoute...
Tous mes effets sont perdus...
"Sortons un instant voulez vous? Je vous en prie mademoiselle! Je vous dirai tout...Pas ici..."
22:12 Publié dans L'écho d'une phrase | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, guignol's band, céline
Extrait de Portrait de classe (Tobias Wolf)
Si, une fois seulement, il laissait un sentiment puissant plutôt que sa bonne éducation prendre le dessus, il pouvait faire mouche.
21:55 Publié dans L'écho d'une phrase | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, portrait de classe, tobias wolf.
17.04.2008
La solitude (Charles Baudelaire)
Un gazetier philanthrope me dit que la solitude est mauvaise pour l'homme; et à l'appui de sa thèse il cite, comme tous les incrédules, des paroles des Pères de l'Eglise.
Je sais que le Démon fréquente volntiers les lieux arides, et que l'esprit de meurtre et de lubricité s'enflamme merveilleusement dans les solitudes. Mais il serait possible que cette solitude ne fût dangereuse que pour l'âme oisive et divagante qui la peuple de ses passions et de ses chimères.
Il est certains qu'un bavard, dont le suprême plaisir consiste à parler du haut d'une chaire ou d'une tribune, risquerait fort de devenir fou furieux dans l'île de Robinson. Je n'exige pas de mon gazetier les courageuses vertus de Crusoé, mais je demande qu'il ne décréte pas d'accusation les amoureux de la solitude et du mystère.
Il y a dans nos races jacassières des individus qui accepteraient avec moins de répugnance le supplice suprême, s'il leur était permis de faire du haut de l'échafaud une copieuse harangue, sans craindre que les tambours de Santerre ne leur coupassent intempestivement la parole.
Je ne les plains pas, parce que je devine que leurs effusions oratoires leur procurent des voluptés égales à celles que d'autres tirent du silence et du recueillement; mais je les méprise.
Je désire surtout que mon maudit gazetier me laisse m'amuser à ma guise. "Vous n'éprouvez donc jamais, -me dit il, avec un ton de nez très apostolique, le besoin de partager vos jouissances?" Voyez vous le subtil envieux! Il sait que je dédaigne les siennes, et il vient s'insinuer dans les miennes, le hideux trouble fête!
"Ce grand malheur de ne pouvoir être seul!..." dit quelque par La Bruyère, comme pour faire honte à tous ceux qui courent s'oublier dans la foule, craignant sans doute de ne pouvoir se supporter eux mêmes.
"Presque tous nos malheurs nous viennent de n'avoir pas su rester dans notre chambre", dit un autre sage, Pascal, je crois, rappelant ainsi dans la cellule du recueillement tous ces affolés qui cherche le bonheur dans le mouvement et dans une prostitution que je pourrais appeler fraternitaire, si je voulais parler la belle langue de mon siècle.

BAUDELAIRE "petits poêmes en prose (le spleen de Paris)
13:05 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, charles baudelaire, la solitude
yapou:Bétail humain /manga: LE SADISME AU FEMININ.
Voilà une bande dessinée, comme seuls les Japonais peuvent oser les imaginer et à ne pas mettre entre toutes les mains... "YAPOU BETAIL HUMAIN" est un manga décadent, qui ferait se retourner dans sa tombe Sade lui même... Les perversions les plus sévères y sont distillées par les femmes, qui ont pris le pouvoir dans un futur lointain. Elles contrôlent leur maris qu'elles appellent "femmes"... Ses hommes qui portent en leur absences des ceintures de chasteté sont entièrement "soumises" à leur perverses de femmes...(si si) Celles-ci ont des créatures vivantes appellés YAPOUS des humains génétiquement modifiés, enlevés sur terre, pour être tranformés à l'état de meubles-vivants, de chiens à usage masturbateurs! Ces dames s'adonnent à leurs plaisirs onanistes en d'interminables et jouissifs cunillingus avec ces joujous semi-humains.
Cet univers pervers et futuriste est tiré d'un roman du japonais Shozô Numa qui a d'ailleurs reçu le prix SADE en 2006.
Les dessins du mangaka Tatsuya Egawa, froids et dénués de tout humanisme mettent mal à l'aise et servent parfaitement le délire érotico-pervers de Shozô numa...
Un manga destabilisant donc, qui pousse le lecteur alternativement à la limite du nauséeux, jusqu'à la fascination du pire...
En tout cas YAPOU BETAIL HUMAIN, est à découvrir si l'on est en manque de sensations fortes ou à la recherche d'une oeuvre graphique originale, car ce manga est unique, un véritable OVNI du neuvième art, et comme l'a décrit le magazine Chronic ART "Un pavé masochiste, vrai rival oriental de Sade et Sacher-Masoch".
13:04 Publié dans Mangas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, manga, yapou bétail humain, shozô numa.
16.04.2008
Miossec et Raymond Carver

Dans la salle d'attente de mon médecin attitré alors qu'entre deux quintes de toux, et quelques regards posés sur les belles jambes d'une représentante médicale je lisais le figaro magazine, je tombe par hasard entre deux pubs pour Sarko et Channel sur une interview littéraire d'un de mes artistes préférés: l'excellent chanteur à texte Brestois :Christophe Miossec. Alors qu'il ne me reste que quelques minutes avant l'obscultation de ma gorge de fumeur de petit trentenaire, je savoure les commentaires littéraires de Miossec qui a détesté le dernier Eric Reinhard (comme moi) et c'est précipité pour acheter le livre de Yasmina Résa (comme moi), lui pour voir dans quelles conditions le fameux "les bretons sont des cons" avait été formulé. Puis on en vient à ses auteurs favoris: Bukowski, dont il a lu les livres très tôt, en pleine adolescence (comme moi) et conseille à tous le monde de lire tous les livres sans exception de Raymond Carver. Là, je deviens alors comme obsédé pour le reste de la journée par l'idée de me procurer les livres de Raymond Carver que je ne connaîs pas. En faisant: "aaah" à mon toubib je pense:" Si Miossec le dit: cet écrivain est génial!", puis à ma pharmacienne en allant chercher mon sirop annuel contre la toux:"Vous avez déjà lu du Raymond Carver?". Fièvreux, je fonce à la bibliothèque municipale de ma p'tite ville oubliant au passage mes bronches encombrées et mon mal de rouge gorge.
Après une journée de boulot passée à ne penser qu'à la délectation que j'aurai de lire les livres de Raymond conseillés par Christophe, j'ouvre enfin "les trois roses jaunes" de l'auteur américain, une cigarette au bec et vautré dans mon canapé... Et là je suis une nouvelle fois en accord avec Miossec, Raymond Carver écrit bien. Ce recueil de nouvelles "les trois roses jaunes", est un petit chef d'oeuvre. Ces nouvelles font le récit des épreuves de notre quotidien contemporain, celui de nos incertitudes, de nos petites blessures, de la relation conjugale, de la routine du quotidien, des voisins... Avec une écriture épurée qui confine au minimalisme Raymond Carver capte les petits instants tragiques, les préoccupations futiles qui font une vie. Un couple de fumeurs pris d'insomnie s'interrogent sur leur mort "les débranchés", un homme d'une trentaine d'année dit au revoir à sa mère qui part pour une ville lointaine des Etats Unis peut être pour la dernière fois..."cartons". Un homme couche avec sa voisine, ils s'aiment: comment annoncera t'il ça à sa femme? " "Menudo". Toutes ces nouvelles sont des bijoux intimistes qui saisissent par leurs simplicités et qui touchent au coeur car Raymond Carver parle de nos tracasseries du quotidien, de nos interrogations, de nos maigres consolations... Quant aux fans de Miossec ils reconnaîtront dans la nouvelle "l'intimité" le refrain de la chanson "A table" une des chansons de l'album "Prendre" qui est aussi un petit chef d'oeuvre qui relate de la vie conjugale.
Elle trouve ça drôle alors elle rit. Je ris aussi, mais moi c'est les nerfs".
Raymond Carver (1938-1988)
22:01 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, raymond carver -miossec, les trois roses jaunes



















