20.05.2008

L'humanité (Sénéque)

Pendant que nous sommes parmi les hommes, pratiquons l'humanité.

Seneque.

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11.05.2008

Le tournant, histoire d'une vie (Klaus Mann) extrait.

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Le bien-être bêtement sentimental et rassasié d'un vulgaire bonheur conjugal ne lui eût pas plus convenu qu'à lui.

Car de toute évidence, elle n'appartenait pas à ce type d'être aux yeux bleus, à ce type d'être "ordinaire", vers lequel les héros de ses livres se sentaient attirés avec tant de tendre mépris et d'ironique nostalgie. Elle n'était ni blonde, ni ignorante, ni robuste, elle avait des yeux sombres, elle était réfléchie et ces souffrances qu'il décrivait ne lui étaient que trop familères. Leur mariage n'était donc pas la rencontre de deux pôles opposés; il s'agissait bien plutôt de l' union de deux êtres qui se savaient proches - d'une alliance entre deux êtres solitaires et sensibles qui espéraient gagner ensemble un combat que chacun séparément n'eût pas été de taille à affronter. La décision qu'il avait prise d'accepter les joies et les responsabilités de la vie normale, de mettre des enfants au monde, de fonder une famille-

Sa décision d'être heureux - qu'était ce donc au fond, sinon une démarche dictée par un sentiment de devoir moral, une tentative pour surmonter cette "sympathie envers la mort", leitmotiv intimement mêlé à la trame de tous ses rêves? Ni discipline ni ironie n'eussent été assez fortes pour tenir tête à cette douce et redoutable séduction - l'extase nihiliste de Tristan, le complexe du Nirvâna, la fascination mortelle de tout romantisme. Quelle puissance était assez grande pour se mesurer à ce sombre sortilège? L'amour était-il le remède magique dont la force saurait mettre au service de la vie tout ce qui était équivoque et destructeur?... Mais comme il doit être difficile d'apprendre le langage de l'amour! (...)

Il faut du temps pour tout, la vie n'est pas pressée. Les grandes décisions ont beau être prises en un seul intant dramatique, elles ne se concrétisent et n'évoluent que peu à peu il faut des mois et des années avant qu'elles ne prennent l'importance et les allures familières de la réalité.

Extrait: "Le tournant" histoire d'une vie de Klaus MANN.

04.05.2008

"Le mal est permanent" Antonin Artaud

J'emploie le mot cruauté dans le sens d'appétit de vie, de rigueur cosmique et de necessité implacable, dans le sens gnostique de tourbillon de vie qui dévore les ténèbres, dans le sens de cette douleur hors de la nécessité inéluctable de laquelle la vie ne saurait s'exercer; le bien est voulu, il est le résultat d'un acte, le mal est permanent.

ANTONIN ARTAUD (le théâtre et son Double).

20.04.2008

Extrait de "Guignol's Band" (Céline)

Dites-moi tout! Elle veut rien me dire, elle glousse, tortille...ah! petit croupion! un peu tu vas voir! ah perfide rusée souris! ah!la mâtine! je suis sûr qu'elle l'aime le vieux au fond...elle en raffole de ses papouilles...ah! je tourne jaloux à en bramer...

"ça vous plaît n'est ce pas? ca vous plaît?"

Est ce qu'elle me comprend d'abord? Elle tient pas en place elle gesticule, elle me fait BZZ! BZZ! BZZ! Elle se moque de moi, grotesque, aboyeur, malotru! Voilà sûrement ce qu'elle trouve... Et toi! vicieuse rouée petite garce!...voilà mon avis...si je suis hargneux désagréable c'est par sa faute...Elle a qu'à me répondre! Ah! puis je peux plus la gronder...je flanche bafouille déconne repleure...toute ma colère tombe...je n'ose plus...je suis à plat...je m'effondre...je m'abats à ses pieds encore...Ca y est, tout recommence...je lui redemande mille fois pardon...me voilà propre...je me roule au tapis!Je la supplie de grâce!...Je me prosterne...Je l'implore...je ne sais plus à qui me vouer!

"Mademoiselle je suis infâme!...Vous n'êtes qu'une enfant! Virginie je vous demande pardon...j'ai abusé de votre jeunesse!...ah! Je suis à pendre! C'est moi le monstre!Virginie! Pitié! Pitié! Vous allez me comprendre! Vous êtes toute petite toute mignonne...Un secret m'étrangle! Je brûle et mes blessures me tuent!"

En avant le grand jeu! J veux lui faire couler toutes les larmes...Tous mes malheurs faut qu'elle écoute, petits et grands... Et toutes les menaces, tout ce qui plane...et tout ce que j'ai trinqué d'affreux... E lle écoute, elle est gentille, mais ça la retourne pas beaucoup...je crois même qu'elle se moque un petit peu...y a de la malice...à cet âge là c'est insensible...je recommence tout mon récit, tous mes avatars aux combats... je brode forcément...Ca irait pas mal, elle s'intéresserait... mais maintenant c'est les autres qui me coupent... Les vulcains la chienlit là-haut... Ils broyent les murailles on dirait la façon qu'ils cognent... C'est effrayant leur bacchanal...ils doivent tout passer à la forge au bruit qu'ils déchaînent... C'est pas possible qu'elle m'écoute...

Tous mes effets sont perdus...

"Sortons un instant voulez vous? Je vous en prie mademoiselle! Je vous dirai tout...Pas ici..." 

 extrait de Guignol's Band I de Céline

Extrait de Portrait de classe (Tobias Wolf)

Si, une fois seulement, il laissait un sentiment puissant plutôt que sa bonne éducation prendre le dessus, il pouvait faire mouche.

14.04.2008

Morpions de l'éternité (Antonin Artaud)

 

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"Et maintenant,

vous tous les êtres,

J'ai à vous dire que vous m'avez

toujours fait caguer.

Et allez vous faire

engruper

la moumoutte

de la parpougnète,

morpions

de l'éternité."

Oeuvres complètes XIII Antonin Artaud.

 

Le cercle des menteurs 2 (Jean Claude Carrière) extraits.

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Jean Claude Carrière est un "touche à tout" érudit qu'on ne présente plus, scénariste de talent pour le cinéma (Prix du meilleur scénario pour Le retour de Martin Gere 1983), metteur en scène de génie au cinéma (Cyrano de Bergerac-l'insoutenable légéreté de l'être). Le romancier (le lézard, le vin bourrru) nous revient en cette année 2008 avec un recueil de "contes philosophiques du monde entier" le cercle des menteur 2.

Ce beau livre est un régal à déguster jour après jour, pour faire face à la grisaille politico-médiatique du moment. L'écrivain a récolté pendant dix ans de sa vie, à travers le monde  entier,des  histoires drôles, des comtes populaires  et légendes pour constituer ce viatique d'humour et de philosophie.

Ces histoires Chinoises, indiennes, africaines ou juives parfois graves, drôles ou mystérieuses sont un reflet de nos vies.

BEN.

Trois courtes pour la route:

  Le bon élève:

A la fin de l'année, dans une école coranique, le maître fait passer le dernier examen. Il demande à un élève:

-Je te donne le choix: deux questions faciles, ou une question difficile.

-Je prends la question difficile, dit l'élève.

-Très bien. Dans ce cas, répond-moi: comment est né le premier homme?

-Il est né du ventre de sa mère, répond l'élève.

-Admettons. Et comment est née sa mère?

-Ah dit l'élève, ça, c'est une deuxième question.

 

Une précaution:

Un enfant demandait à son grand père:

-Pourquoi commences tu toutes tes histoires par "il était une fois"?

-Pour être sûr, dit le grand-père, de ne pas me tromper sur les dates.

 

Le temps d'apprendre:

Un adolescent japonais se rendit auprès d'un maître en arts martiaux, grand spécialiste de la pratique de l'épée, et lui demanda combien de temps serait necessaire pour apprendre cet art.

-Dix ans, lui dit le maître.

-Dix ans! Mais c'est trop! C'est beaucoup trop!

Je n'aurai jamais la force d'attendre!

-Alors vingt ans, lui dit le maître.

Contes philosophiques du monde entier (le cercle des menteurs 2) Jean Claude Carrière édit Plon.

 

 

 

     

25.03.2008

"Ma peine n'a pas d'amis" (Alfred de Musset)

J'étais assis un soir au coin du feu avec Desgenais. La fenêtre était couverte; c'était un de ces premiers jours de mars, qui sont les messagers du printemps; il avait plu, une douce odeur venait du jardin.

   "Que ferons nous, mon ami, lui dis-je, lorsque le printemps sera venu? Je me sens l'envie de voyager.

-Je ferai, me dit Desgenais, ce que j'ai fait l'an passé; j'irai à la campagne quand ce sera le temps d'y aller.

-Quoi! répondis-je, faites vous tous les ans la même chose? Vous allez onc recommencer votre vie cette année?

-Que voulez vous que je fasse? répliqua t'il.

-C'est juste! M'écriai-je en me levant en sursaut; oui, que voulez vous que je fasse? Vous avez bien dit. Ah! Desgenais, que tout cela me fatigue! Est que vous n'êtes jamais las de la vie que vous menez?

-Non" me dit-il.

J'étais debout devant une gravure qui représentait la Madeleine au désert; je joignis les mains involontairement.

"Que faites vous donc? demanda Desgenais.

- Si j'étais peintre, lui dis je, et si je voulais peindre la mélancolie, je ne peindais pas une jeune fille rêveuse, un livre entre les mains.

-A qui en avez vous ce soir? Dit il en riant.

-Non en vérité, continuai-je; cette Madeleine dans les larmes a le sein gonflé d'espérance ; cette main pâle et maladive, sur laquellle elle soutien sa tête, est encore embaumée de parfums qu'elle a versés sur les pieds du Christ.

Ne voyez vous pas que dans ce désert il y a un peuple de pensées qui prient?

Ce n'est pas là la mélancolie.

-C'est une heureuse femme, lui dis-je, et un heureux livre."

Desgenais comprit ce que je voulais dire; il vit qu'une profonde tristesse s'emparait de moi. Il me demanda si j'avais quelque cause de chagrin. J'hésitais à lui répondre, et je sentais mon coeur se briser.

"Enfin, me dit-il, mon cher Octave, si vous avez un sujet de peine, n'hésiter pas à me le confier; parlez ouvertement, et vous trouverez en moi un ami.

-Je le sais, répondis-je, j'ai un ami, mais ma peine n'a pas d'ami."

Alfred de Musset, La confession d'un enfant du siècle (1836)

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24.03.2008

UN DRAGON DANS MON JARDIN

UN DRAGON !

 

UN DRAGON !

 

Jai cru voir un DRAGON !

 

Vous ne me croyez pas HEIN ?

 

 

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07.03.2008

Misanthrope (Jules Renard)

C'est l'homme que je suis qui me rend misanthrope.

Jules Renard.

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