13.07.2008
Les noces de Camus (extrait pour les vacances)
Mais pourquoi songer ce soir aux amants de Venise et oublier Verone? C'est qu'aussi bien rien n'invite ici à chérir des amants malheureux. Rien n'est plus vain que de mourir pour un amour. C'est vivre qu'il faudrait. Et Lorenzo vivant vaut mieux que Romeo dans la terre et malgré son rosier. Comment alors ne pas danser dans ces fêtes de l'amour vivant -dormir l'après midi sur l'herbe courte de la Piazza del Duomo, au milieu des monuments qu'on a toujours le temps de visiter, boire aux fontaines de la ville où l'eau était un peu tiède mais si fluide, revoir encore ce visage de femme qui riait, le nez long et la bouche fière. Il faut comprendre seulement que cette initiation prépare à des illuminations plus hautes. Ce sont les cortèges étincelants qui mènent les mystes dionysiens à Eleusis. C'est dans la joie que l'homme prépare ses leçons et , parvenue à son plus haut degrè d'ivresse, la chair devient consciente et consacre sa communion avec un mystère sacré dont le symbole est le sang noir. L'oubli de soi-même puisé dans l'ardeur de cette première Italie, voici qu'il prépare à cette leçon qui nous délie de l'espérance et nous enlève à notre histoire. Double vérité du corps et de l'instant, au spectacle de la beauté, comment ne pas s'y accrocher comme on s'agrippe au seul bohneur attendu, qui doit nous enchanter, mais périr à la fois.14:00 Publié dans Mes Classiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, "les noces", camus albert.

















